La culture Tiahuanaco, Pérou et Bolivie

La culture Tiahuanaco

La culture Tiahuanaco, dite Tiwanaku en Aymara, a régné du IVe au XIIIe siècle sur les rives sud du lac Titicaca, avant de se répandre sur l’altiplano andin voisin.

Cadre spatio temporel

La culture Tiahuanaco, dite Tiwanaku en Aymara, a régné du IVe au XIIIe siècle sur les rives sud du lac Titicaca, avant de se répandre sur l’altiplano andin voisin. En germe dès 1500 avant J.-C. selon certains chercheurs, elle ne s’affirme pourtant vraiment qu’avec le déclin des empires Mochicas et Nazcas du littoral. Elle voisine pendant des siècles avec la culture Huari qui s’installe dans la sierra, et partage avec elle nombre de similarités qui mêlent parfois les repères en dépit de leurs relations de concurrence. Son vaste empire s’étend, à son apogée, jusqu’à Cochabamba en Bolivie actuelle et à Atacama devenue chilien depuis. Tiahuanaco, sa capitale, est un centre religieux qui attirait des foules de pèlerins et dynamisaient ainsi les échanges culturels et commerciaux au sein de tout le territoire.

Idole Tihuanaco, Museo MNAAHP, Lima

Période formative

Au vu des diverses écoles concernant leur date de naissance, il faut mettre en perspective les évolutions de la culture Tiahuanaco. Trois périodes principales se détachent. La période formative est celle qui prête le plus à débat, puisqu’il s’agit de noyaux de population qui se regroupent peu à peu dès 1 500 avant J.-C. autour du lac Titicaca, mais ne mettent en place que les préliminaires d’une civilisation organisée, et qu’on est donc en droit d’inclure ou pas dans la culture Tiahuanaco en tant que telle. Les seuls vestiges découverts à ce jour montrent les fondations rectangulaires d’habitations rustiques en adobe, ainsi que des tombes en pierre. Mais les pratiques religieuses et sociales restent inconnues. Tout juste sait-on qu’ils ont des rudiments en technique agricole, pratiquent l’élevage du lama pour sa laine, la confection de poteries ornées de rouge et le moulage en cuivre pour le travailler. De même, ils laminent l’or et l’argent.

Développement agricole

La culture Tiahuanaco a su mettre au point un système agricole élaboré pour exploiter ses terres malgré les aléas climatiques dus à l’altitude, avoisinant les 3 800 m dans cette zone. Le perfectionnement des camellones ou waru waru inventés par la culture Paracas donne lieu à une organisation agraire originale et efficace, qui augmente les rendements en baissant le besoin en main d’œuvre. Il s’agit concrètement de la surélévation d’un mètre des terres arables à l’aide de la terre qui provient du creusement des canaux qui entourent ces parcelles, généralement larges de 4 mètres. Ces mêmes canaux drainent l’eau et permettent ainsi d’éviter les inondations fréquentes lors de la saison des pluies. Les cultures développent un système racinaire vertical pour chercher l’eau qui remonte par capillarité des canaux, ce qui permet d’optimiser le rendement en les plantant plus serrées, là où elles entreraient habituellement en concurrence. De plus, l’évaporation de l’eau permet d’élever la température du sol, et d’éviter ainsi les gelées fréquentes à cette altitude.

Idole en céramique peinte tihuanaco, Museo MNAAHP, Lima

Savoir faire artisanaux

La céramique Tiahuanaco reprend à son compte les représentations des animaux sacrés des cultures de l’altiplano ; serpent, puma et condor. La céramique évolue au fil des siècles. D’abord ocre et ornée de dessins rouges, elle devient souvent anthropomorphe  ou zoomorphe et se couvre de rouge et blanc à l’époque de l’urbanisation, avant d’élaborer une riche polychromie à son apogée, avec des tons de vert, ocre, rouge, jaune et noir caractéristiques de son art. Les formes des objets rituels sont alors variées, du vase zoomorphe au qéro, gobelet cérémoniel.

La sculpture sur pierre est aussi une des spécialités de la culture Tiahuanaco, avec d’immenses monolithes retrouvés autour du temple de Kalasasaya, aujourd’hui situé en Bolivie. Ces statues de dignitaires ont le corps entièrement  gravé de motifs géométriques. Découvert en 1957 par Carlos Ponce Sanjinés, le monolithe Ponce représente, dans un bloc de 12 tonnes  d’andésite, un personnage royal de 3 m de haut siégeant avec une coupe et un sceptre. Le monolithe Benett, qui atteint 7,30 m de haut, tient aussi son nom de l’archéologue  Bennett qui l’a découvert en 1932.

La période d’urbanisation

On assiste à un tournant culturel en 100 après J.-C. avec la fondation du grand centre religieux de Tiahuanaco, situé en Bolivie actuelle, à 42 km de la frontière péruvienne. Les divers noyaux de population se fédèrent pour la première fois autour d’un même lieu qui concentre pouvoirs et richesses. La reconnaissance d’une autorité commune conduit à l’élaboration d’une société organisée, soumise à la classe dominante des prêtres – guerriers. Le site est déjà abandonné depuis longtemps quand il est mentionné par le chroniqueur espagnol Pedro Cieza de Leon en 1550. Les temples de Puma Punku et Kalasasaya et la pyramide d’Akapana sont autant de réalisations permises par l’abondance d’une société qui maîtrise assez ses récoltes pour s’investir dans des réalisations architecturales longues et coûteuses.

Le site de Tihuanaco

Période d’expansion andine

A partir du VIIIe siècle, la culture Tiahuanaco poursuit une logique expansionniste qui la mène au nord jusqu’à la région d’Ayacucho où elle connait des frictions avec la culture Huari, avant de se concentrer sur le littoral, d’Ica à Nazca et Pachacamac. Elle profite en effet de la découverte du bronze, obtenu par l’alliage du cuivre et de l’étain, pour prendre l’avantage sur les cultures voisines dépourvues d’armes si résistantes.

Déclin de la culture de Tiahuanaco

Toutefois, un arrêt net s’observe autour de l’an mil. L’hypothèse la plus probable explique cet affaiblissement de la culture Tihuanaco par une succession  de graves sécheresses. Les recherches archéologiques montrent en effet que lac Titicaca atteignait alors cette capitale de Tihuanaco, aujourd’hui située à 20 km de ses rives. La carence de ressources alimentaires provoqua la dispersion de populations en recherche de moyen de subsistance, et le fractionnement de l’empire en seigneuries locales Aymaras et Collas. La culture Tiahuanaco se dissout peu à peu vers 1 200 après J.-C. en une multitude de cultures régionales telles que les Chimú, Chancay ou Chincha. Bien qu’on leur attribue souvent les chullpas, tours en pierres sèches qui surplombent des chambres funéraires sur la péninsule de Sillustani, il semble que ces dernières aient été édifiées majoritairement par les petites cultures locales pendant la période de transition entre le démantèlement de la société Tiahuanaco et la naissance de l’empire Inca qui se les réappropriera d’ailleurs en partie.