La civilisation inca

La civilisation inca

La civilisation inca est la plus célèbre de toutes les cultures d’Amérique latine qui ont précédé la colonisation.

La culture précolombienne la plus connue

La civilisation inca est la plus célèbre de toutes les cultures d’Amérique latine qui ont précédé la colonisation. Elle se développe du XIIIe au XVIe siècle, ce qui en fait la dernière des cultures précolombiennes, dont elle incorpore tous les héritages et le savoir faire traditionnel.

C’est de plus le seul empire structuré comme tel dans l’histoire de l’Amérique du Sud, qui unifie un territoire long de 4 200 km avec la langue quechua. Il impressionne par son extension, puisqu’il s’étend à son apogée sur Le Pérou actuel, mais empiète aussi sur les territoires de l’Equateur, de la Bolivie, du Chili et de l’Argentine.

C’est la culture la mieux connue, grâce aux chroniques écrites par les premiers colons, en général des administrateurs au service de la couronne espagnole ou des prêtres en lutte pour évangéliser ces populations. C’est ainsi grâce au récit de Garcilaso de la Vega que l’on connait le détail de l’origine mythique des Incas. Manco Cápac et Mama Ocllo auraient été engendrés par le soleil dans le lac Titicaca.

La classe dirigeante de l’empire, dite l’ayllu, justifie son pouvoir de sa descendance en ligne directe du dieu soleil Inti. L’empereur, dit sapa inca, préserve la pureté de son sang divin en choisissant pour successeur les fils qu’il a avec sa sœur.

Représentation du culte inca et de l’édification de pyramides, Musée Inka de Cuzco

La conquête d’un vaste territoire

Probablement issus en réalité d’une petite tribu guerrière du sud de la sierra, les incas prennent possession de la vallée sacrée à partir du XIVe. La recherche d’un territoire propice à la fondation de leur cité aboutit à Cusco, centre de ce qui deviendra un immense empire à force de conquêtes militaires ou d’habiles alliances diplomatiques.

La dynastie des empereurs appelés Incas compte 13 figures principales, de Manco Cápac à Atahualpa. Pachacutec, le 9ème Inca en titre qui a vécu de 1438 à 1471, est le premier grand chef militaire ; c’est lui qui commence leur expansion sur les Andes et fonde le grand réseau de communication qui fera la puissance de l’empire. A sa mort en 1471, son fils Tupac Yupanqui hérite d’un empire qui atteint l’actuel Equateur. Ce dernier l’étend jusqu’à la Colombie avant de le léguer en 1493 à son fils Huayna Capac.

Mais celui-ci meurt de la vérole en 1527, l’année de l’arrivée des Espagnols à Tumbes. Une guerre de succession oppose alors ses deux fils Huascar, l’héritier légitime basé à Cusco, et Atahualpa, appuyé par les seigneurs du nord ; ces tensions internes affaiblissent considérablement l’empire juste au moment de l’affrontement décisif avec les colons. Atahualpa, qui a fait éliminer son frère, est capturé et tué par les compagnons de Pizarro le 26 juillet 1533 à Cajamarca, ce qui marque la fin de l’empire inca.

Organisation administrative

L’organisation de l’empire inca s’inspire beaucoup de la culture Huari; la seule à avoir atteint ce niveau de développement auparavant. Le nom de l’empire, Tahuantinsuyo, signifie royaume des 4 terres ; Collasuyo au sud, Chinchaysuyo au nord, Antisuyo au nord-ouest et Cuntisuyo au sud-ouest. Pour éviter toute rébellion des peuples conquis,  les Incas les déplacent parfois dans des régions différentes. Leur intégration passe par l’obligation de pratiquer la religion inca et de communiquer en Quechua, mais aussi par des impôts et le travail obligatoire.

L’empire est étroitement surveillé par une hiérarchie efficace basée sur le découpage du territoire en guamanis, ou régions administratives. Le Tucuy ricoc supervise  la bonne mise en œuvre, tandis que le Curaca l’applique dans les communautés dites ayllus, selon une stricte répartition des responsabilités. Le curaca chunka doit lever le tribut impérial sur 10 indigènes, le pachaca sur 100, le pichca pachaca sur 500, le guaranca sur 1 000 et le huno sur 10 000 indigènes. Ces échelons de fonctionnaires permettent de veiller à la bonne mise en œuvre de cette mesure de levée d’impôts sur laquelle repose la richesse de l’empire.

La comptabilité est tenue à l’aide des kipus, composés de cordelettes de nœuds dont la taille symbolise la quantité et la couleur de la chose recensée, qu’il s’agisse de population, récoltes ou tributs. En l’absence d’écriture, ils servent aussi à mémoriser des informations importantes grâce à toute une symbolique précise ; la jaune peut désigner l’or, le blanc l’argent, le rouge la guerre, le noir le temps…

Chaque tributaire est un adulte en âge et capacité de travailler, à qui il est demandé de contribuer à la grandeur de l’empire en prêtant une part de son temps, appelée la mita, à des travaux. C’est grâce à cette abondance de main d’œuvre forcée que les Incas peuvent mener à bien leurs immenses chantiers ; le Machu Picchu et le chemin de l’Inca dit Chapac Ñana pour ne citer que les deux plus connus.

Tête de condor en céramique sculptée inca, Museo MAP Cuzco

Une architecture et un urbanisme monumentaux

L’architecture inca est la première du littoral péruvien à se servir quasi exclusivement de la pierre taillée. Ses constructions monumentales épousent totalement les reliefs et accidents de terrain, en signe de respect envers la nature, très importante dans leur religion. Ce sont de véritables prouesses techniques qui permettent aux Incas d’assembler parfaitement et sans mortier des blocs gigantesques de pierre. On peut citer en exemple la colossale citadelle de Sacsahuaman dont la muraille est faite de mégalithes qui atteignent des centaines de tonnes.

Un des traits typiques du style architectural inca est la fenêtre en forme de trapèze. Les édifices principaux sont souvent agencés  autour de la place centrale. Ainsi, à Cusco, le palais de l’Inca, la maison des femmes élues par l’Inca aclla huasi, le temple de Viracocha et le temple de du soleil Soleil coricancha se trouvent autour de la place Huacaypata, carrefour des 4 routes principales de l’empire.

Le réseau routier inca atteint 40 000 km, avec 2 axes principaux ; une route le long de la côte et le chemin de l’inca qui traverse les Andes du nord au sud. D’audacieux ponts et tunnels permettent une grande rapidité de communication à travers tout l’empire, et donc une bonne réactivité du pouvoir central.

Un artisanat inspiré de ses prédécesseurs

L’artisanat inca se développe en employant les savoirs faire des populations conquises, dont les artisans sont parfois déportés dans les grands ateliers de Cusco. Ainsi, la majorité des orfèvres de l’empire sont des Chimus, qui portent cet art à son excellence. L’organisation extrêmement rigide et centralisée entraîne une standardisation des styles régionaux, parfois moins innovants.

L’orfévrerie utilise beaucoup l’or, qui n’a pas de valeur monétaire puisque l’économie est basée sur le troc. Il est en revanche réservé à l’élite et aux usages sacrés, comme en témoignent les parures impériales ou les petites figurines votives. La céramique inca hérite des techniques inventées avant elle  et se déploie dans une production massive d’aryballes, de jarres coniques à long col ou de keros, sortes de gobelets cylindriques. La polychromie joue sur le noir, l’orange, le jaune, le vert, le rouge et le blanc sur un fond en général ocre. Les motifs sont en revanche très variés grâce à l’abondance de sources d’inspiration ; des scènes quotidiennes d’agriculture, guerre ou cérémonie religieuses, des portraits de personnages importants, des dessins géométriques….

Pintura de qero inca, combat contre les espagnols, XVIIIe, Musée Inka de Cuzco

L’agriculture dans la Vallée Sacrée

Les Incas procèdent à la construction de terrasses pour disposer de terres agricoles sur les pentes des vallées très étroites ou ils sont installés. Ils mettent au point un système élaboré d’irrigation, avec des canalisations en partie souterraines. Ils inventent aussi des techniques de conservation des aliments toujours d’actualité, comme la déshydratation de la pomme de terre en l’exposant au gel la nuit et au soleil le jour.