La culture Chimú, au Pérou

La culture Chimú

La culture Chimú s’est développée sur le littoral nord du Pérou, du Xe siècle à l’arrivée des colons espagnols au XVe siècle.

Origine et expansion géographique

La culture Chimú s’est développée sur le littoral nord du Pérou, du Xe siècle à l’arrivée des colons espagnols au XVe siècle. La légende, relatée dans une chronique anonyme coloniale, attribue sa naissance à Taycanamo, un personnage mythique arrivé des mers en l’an 900, qui aurait fondé la cité de Chimor, aujourd’hui appelée Chan Chan, près de Trujillo. Le royaume Chimú naît véritablement à la génération suivante, lorsque ses deux fils Guari-caur et Nancen-pinco annexent respectivement la vallée inférieure et supérieure de Chimor, et s’étendent jusqu’à Chicama et Virú. Peu à peu, les succès de l’armée Chimú permettent une expansion progressive, jusqu’au territoire de la culture Lambayeque au XIVe siècle. A l’époque du grand conquérant Minchancaman, la culture Chimú règne sur plus de 1 000 km de littoral, de Tumbes jusqu’à Lima.

Site archéologique Chimú de Chan Chan, Trujillo

Urbanisation et organisation sociale

Chan Chan, la capitale Chimú, est une des plus grandes cités précolombiennes avec plus de 20 000 habitants répartis sur 20 km² en 10 grandes ciudadelas. Elles sont entourées de murailles en adobe de quasiment 10 m de haut, qui attirent le regard par leurs très beau bas reliefs ornés de poissons et oiseaux marins. Chacune renferme  son palais, ses habitations, ses temples et son mausolée. Dans la périphérie sont regroupés les logements des classes plus modestes, artisans et paysans. Les Chimús construisent des canaux monumentaux, comme le Chicama -Moche de 74 km de long, pour alimenter en eau leur capitale Chan Chan. Un réseau de routes et de canaux d’irrigation relie la capitale aux centres urbains secondaires, comme Farfan située dans la vallée Jequetepeque, au croisement des axes de communication entre le sud, le nord et Cajamarca. Tucume est un vaste ensemble de 26 pyramides dans la vallée de la Leche ; déjà occupé par la culture Lambayeque, il est agrandi pour servir de centre de production artisanale notamment.

Agriculture et commerce

Les Chimús regroupent les terres agricoles en grands domaines qui s’étendent tout le long des vallées. Ils mettent ainsi en place des techniques de culture plus intensives pour augmenter les rendements des récoltes de pommes de terre, haricots ou coton. On peut citer par exemple  les huachaques, des parcelles cultivées en contrebas pour garder l’humidité permanente du sous sol. Les techniques d’irrigations aussi sont améliorées, avec la construction des puquios, sortes d’aqueducs  semi-souterrains, et des embales, premières digues pour stocker l’eau des rivières. Les Chimús sont d’excellents navigateurs, pour pêcher ou développer le commerce avec des peuples voisins. Ils utilisent les chevaux de totoras, qui permettent de se déplacer rapidement sur de courtes distances en pagayant à genoux, mais aussi les balsas, sortes de barques munies d’un mat et d’une voile de toile carrée ou triangulaire qui permet des traversée plus longues. Les échanges commerciaux s’effectuent avec des pièces de monnaies en bronze.

Céramique sculptée chimú, Museo MAP Cuzco

Artisanat

Dans la culture Chimú, le travail du cuivre, de l’argent, de l’or et de l’étain s’organise en ateliers spécialisés selon la technique utilisée, ce qui permet un degré de raffinement rare, que ce soit pour mouler des objets à la cire perdue ou travailler sur leur aspect final avec des dorures ou des estampes. Suite à la conquête de la culture Lambayeque, les objets réalisés se diversifient ; des classiques récipients et couteaux aux couronnes et figurines animales les plus raffinées. Les couteaux de sacrifice timu sont en or incrusté de turquoise.

Les céramiques chimú, si elles n’ont pas autant d’expressivité que celles de leurs prédécesseurs Mochicas, sont aisément reconnaissable à leur monochromie noire, parfois ornée de brun.  Un petit singe ou oiseau orne souvent l’espace entre l’anse et le bec des vases à anse en étrier et à double corps. Elles sont simplement modelées pour les récipients domestiques, et moulées avec des ornements pour les usages plus rituels ou d’apparat, en reprenant les formes classiques du vase double siffleur ou à anse en étrier.  L’art du textile chimú s’attache à filer au fuseau la laine d’alpaga et le coton, avant de l’orner de plumes et de disques d’or et d’argent. Les riches tissus ainsi obtenus sont souvent peints avec des teintures naturelles végétales comme le brou de noix, minérales comme l’argile ou animales comme la cochenille. D’autres matériaux sont travaillés, comme le bois et la calebasse, souvent incrustés de coquillage, nacre et pierre.

Religion

Les Chimús respectent la lune Shi devant les autres divinités du soleil Jiang, de la mer Ni, ou de la constellation des pléïades Fur, en raison de son influence sur les marées et le cycle végétatif.  Le temple de la Lune montre l’existence de sacrifices d’enfants et d’animaux lors de cérémonies rituelles.

Déclin et chute

Le gouvernant Minchancaman, malgré ses grandes conquêtes militaires, décide de se rendre sans livrer bataille devant la supériorité numérique de l’armée inca de Túpac Inca Yupanqui, qui compte 30 000 soldats. Fidèle à sa stratégie d’alliances, le gouverneur inca marie sa fille Chanquirguanguan à Chumún Caur, fils de Minchancaman qui prend sa suite à la tête du pouvoir, mais sous la tutelle inca. Il déménage sa capitale à Chiquitoy Viejo, dans la vallée Chicama, ce qui marque le début du déclin du grand centre urbain de Chan Chan. C’est seulement avec l’invasion des Espagnols et leurs pillages que prend fin la culture Chimú.