Céramique au Pérou

Céramique au Pérou

Des vestiges de céramique retrouvés au Pérou remontent à plus de 1 800 avant J.-C.

Terrine en forme de visage, céramique nasca, Musée d’Art Precolombien de Cuzco

Des vestiges de céramique retrouvés au Pérou remontent à l’époque formative, plus de 1 800 avant J.-C. Il est probable que ce savoir faire remonte à encore plus longtemps, vu le degré de complexité des objets découverts. Il aurait été importé d’Equateur où l’on retrouve des figurines en terre dès 3 000 avant J.-C. sur le site de Valdivia. Les vases tripodes et à étriers proviendraient de la culture équatorienne Machalilla. Les premiers témoignages de céramique sur le sol péruvien ont notamment été découverts dans le département d’Huánuco, lors des fouilles archéologiques successives du site de Kotosh, réalisées par Javier Pulgar Vidal, Julio César Tello, Ben Trausher et Seiichi Izumi.  On y identifie des poteries datant de 1 850 avant J.-C., identifiables à leur couleur grise, gravées et ornées de rouge, blanc et jaune après la cuisson. D’autres céramiques en étriers, gravées de motifs de maïs, sont datées de 1 000 avant J.-C.

Poterie, Piura

Les techniques de fabrication et de décoration connaissent rapidement un haut degré de sophistication. En l’absence du tour, utilisé seulement après l’arrivée des colons européens, la céramique péruvienne est en général façonnée à la main, et parfois moulée. Les fouilles archéologiques n’ont pas révélé l’existence de four de cuisson ; la technique utilisée pour atteindre la chaleur adéquate devait être l’enfouissement des poteries dans le combustible, en plein air. Deux usages courants principaux se démarquent. D’un côté, les récipients d’usage quotidien, plutôt simples et rustiques, étaient utilisés pour la préparation et le stockage des aliments. D’un autre côté,  les objets des rituels funéraires, plus raffinés et élégants, étaient souvent remplis d’offrandes pour accompagner le défunt dans sa tombe.

Potier péruvien

Les styles de céramiques se différencient selon la région géographique le long du littoral péruvien. Au nord, les poteries sont modelées sur un modèle similaire, avec un fond plat et une anse en forme d’étrier. Au sud, on trouve plutôt des récipients à fond rond, avec une anse pont qui relie le double goulot. Au nord, la forme est souvent plus travaillée, à l’image des vases zoomorphes et anthropomorphes Moche. Au sud, c’est sur le coloris que portent les efforts. La culture de Nazca maîtrisait une gamme de 13 couleurs différentes, savamment obtenues par le subtil dosage des températures de cuisson.

Double jarre chanchan surmontée d’un félin, Musée Inka de Cuzco

La grande richesse iconographique est une source de renseignements précieux sur les modes de vie et les croyances de ces civilisations qui n’ont jamais rien consigné par écrit. Les motifs les plus récurrents sont les portraits humains, les figurines de dieux, les plantes, les animaux, les instruments de musique, les miniatures architecturales, mais aussi de véritables scènes de chasse, guerre, cérémonies  religieuses, rituels érotiques ou sacrifices. Il semble que les céramiques Mochica qui représentent des actes sexuels de façon très réaliste avaient une fonction bien plus rituelle qu’érotique, en symbolisant le passage entre les trois pôles de la cosmovision andine ; les vivants, les dieux et les défunts.

Les Incas ont adopté les héritages des civilisations précolombiennes précédentes, sans révolutionner l’art de la céramique. En l’absence de système d’écriture, ils utilisèrent aussi les coupes comme support privilégié de leur vision du monde. Pour cet usage, le matériau du bois, plus facile à travailler, connut son essor en parallèle,  avec l’invention du qero, une coupe cérémonielle en bois de chachacomo dont les peintures relataient les rites religieux incas et les invasions coloniales.