La culture Mochica ou Moche, au Pérou

La culture Mochica ou Moche

La culture Mochica occupa le littoral nord dans l’actuelle région de La Libertad du Ier au VIIe siècle après J.-C.

Origines et identification

La culture Mochica, aussi dite Moche, occupe le littoral nord dans l’actuelle région de La Libertad du Ier au VIIe siècle après J.-C . La légende raconte que le peuple Mochica serait venu du Nord en radeau. Héritière de la culture Chavin, elle culmine au même moment que la culture Nazca située plus au sud. Elle est la plus importante des diverses cultures régionales qui se développent à la même période sur le littoral nord; les Salinars nés un peu avant dans la vallée de Moche, les Virús et les Vicús contemporains. La culture Mochica est longtemps confondue avec les cultures Vicús, Salinar et Gallinazo du Ier avant J.-C. au Ier après J.-C. à ses débuts, et assimilée à la culture proto-Chimú pour le reste. C’est l’archéologue allemand Max Uhle qui identifia le premier son existence lors de ses fouilles des Huacas du Sol et de la Luna en 1898. L’archéologue péruvien Julio Tello baptisa cette culture précolombienne Moche ou Mochica, en référence au Muchik, ancien dialecte du littoral nord.

Masque funéraire mochica en cuivre, dieu ai apaec, musée larco

Urbanisation et organisation sociale

La culture Mochica s’organise autour d’un centre urbain par région. On peut ainsi nommer de nombreux sites importants, comme Cerro Negro à Piura, Sipán et Pampa Grande à Lambayeque, Pañamarca à Ancash, ainsi que dans les environs de Trujillo avec San José de Moro dans la vallée Jequetepeque,  Huaca Cao dans la vallée de Chicama et les Huacas del Sol et de La Luna dans la vallée de Moche. Chacun de ces lieux se démarque par l’importance de ses pyramides et fortifications. Le schéma urbain obéit à une logique de hiérarchie sociale, en distribuant les habitations des classes supérieures, guerriers et administrateurs, plus proches du temple que les professions qualifiées, commerçants, artisans et bâtisseurs, et en laissant les métiers plus humbles, pêcheurs et paysans, en périphérie.

Une agriculture intensive au service d’un commerce actif

Les Mochicas ont aussi mis au point des systèmes d’irrigation qui permettaient d’alimenter en eau ces régions arides du littoral. Les vestiges du réseau de 150 km qui les reliait aux contreforts de la Cordillère des Andes sont toujours visibles au niveau du canal de la Cumbre long de 113 km, du canal ou de l’aqueduc d’Ascope qui s’élève de 15 m de haut sur 1,5 km. Les Mochicas sont parmi les premiers à utiliser le guano récolté sur les îles côtières de Chincha pour enrichir les terres agricoles. Ils augmentent ainsi le rendement de leurs champs de maïs, haricots, courges et piment, mais aussi coton, céréales, tabac et coca dont ils utilisent le surplus pour amorcer des échanges commerciaux importants avec les populations des Andes et d’Amazonie. La pêche de fruits de mer et poissons se fait sur les « caballitos de totora », sortes de canoës formés de tiges de totora arrimées ensembles. Ils développent aussi l’élevage de lamas et cuys alors moins présents sur le littoral que dans les Andes.

Boucles d’oreilles mochica en or et pierres, musée larco

Religion

La société Mochica repose sur la religion, et les guerriers sont au service d’un seigneur qui est aussi le prêtre principal. Ses centres religieux principaux, les Huacas du Sol et de la Luna, sont des lieux de culte particulièrement choyés, qu’ils ne cesseront jamais d’agrandir 6 siècles durant. La Huaca del Sol est la pyramide la plus importante du Pérou, avec ses 41 m de haut pour une base de 228 m sur 135 m ; ce qui représente pas moins de 130 millions de briques d’adobe alignées sur 5 étages, surmontés par une immense plateforme. La Huaca de la Luna lui fait face : plus modeste, elle compte tout de même 21 m de haut pour 6 terrasses, avec une base de 80 m sur 60 m. C’est ici qu’avaient lieu les sacrifices humains, dont témoignent les ossements retrouvés sur la plateforme supérieure. L’enduit d’argile qui recouvre les édifices permirent d’orner de très belles fresques rouges et blanches les salles de cérémonie. Elles renseignent sur les divinités adorées ; le décapiteur Ai-apaec muni du tumi de sacrifice et de la tête de sa victime, mais aussi un dieu à visage de félin, la mer, la lune et l’arc-en-ciel.

Rites funéraires

En 1987, l’archéologue Walter Alva a découvert la tombe du Seigneur de Sipán enterré avec ses trois épouses et sa suite dans la Huaca Rajada, au sud-est de Chiclayo ; il s’agit de l’une des découvertes archéologiques majeures du siècle en raison de la profusion de richesses qu’elle renferme. La magnificence des offrandes découvertes dans la tombe du seigneur de Sipán montre l’opulence des Mochicas au IVe siècle, et la véritable dévotion accordée aux dirigeants vénérés à l’égal de dieux. Autre site majeur mis en valeur en 2004, les Huacas Cao Viejo et El Brujo se distinguent par la polychromie de leurs bas reliefs et la découverte de la Dame de Cao, première figure féminine de pouvoir. Les fouilles continuent, et en 2009, c’est le Seigneur d’Ucupe qui fut retrouvé avec son masque funéraire doré incrusté de coquillages. La Huaca del Sol attend toujours les moyens d’être exploré de façon systématique.

Guerrier mochica et sa parure, musée larco

Artisanat

La culture Mochica perfectionna les techniques pour travailler l’or, l’argent et le cuivre. Ils inventèrent un nouvel alliage de cuivre et d’or appelé tombaga. Les joyaux retrouvés dans la tombe du Seigneur de Sipán témoignent de la finesse des détails de chaque parure. Des incrustations de coquillage et de pierres enrichirent les bijoux destinés à l’ornement nasal, aux colliers ou bracelets.

La céramique Mochica se reconnaît à ses motifs très réalistes rouges ou noirs sur fond beige. Ce n’est qu’à la fin de la culture Moche que les couleurs s’assombrissent, en annonçant le noir typique de l’art Chimú qui suivra. Les plus beaux exemplaires servaient d’offrande funéraire, et ont été conservés à l’abri dans les lieux de sépulture. Des scènes de la vie courante sont représentées ; agriculture ou pêche, sacrifices des prêtres ou combat guerriers, métallurgie et tissage, mais aussi tout un registre érotique. On retrouve beaucoup de vases-portraits d’hommes, dont les traits traduisent avec expressivité une émotion. D’autres vases à anse-goulot en étrier sont façonnés en forme d’animaux, souvent à connotation sacrée comme l’araignée ou l’aigle, ou de créatures hybrides  qui mêlent poissons et chauves-souris. D’autres récipients reproduisent enfin des symboles traditionnels de fertilité tels que l’épi de maïs ou la montagne. Les milliers de céramiques renfermées par certains lieux funéraires  témoignent d’une production en série en creusant des moules dans des courges ou en façonnant au tour à main.

Expansion militaire, décadence et fin

Les Mochicas sont d’excellents guerriers. Ils profitent d’une supériorité technique en termes d’armement, grâce à leur maîtrise du travail du métal qui leur permet de se protéger avec des boucliers et des casques  et de forger de redoutables haches et massues de combat. Durant leur phase d’expansion militaire au IIIe et au IVe siècle, les Mochicas s’étendent sur plus de 600 km le long du littoral, jusqu’aux vallées du Chicama et de Huarmey au sud, et jusqu’à Piura au nord, en colonisant la majeure part du territoire Vicús, ainsi que les Gallinazos de la vallée de Viru. La culture Mochica commence à décliner à la fin du VIe siècle, fortement touchée par les cataclysmes naturels liés au phénomène climatique el Niño. On retrouve notamment trace de plusieurs crues catastrophiques du rio Moche, et de fréquents tremblements de terre. En 700 après J.-C., La culture Mochica s’éteint, puis est remplacée par les cultures Sican et Chimu.