Plantes rituelles et médicinales du Pérou

Les plantes rituelles et médicinales du Pérou

Le pays abrite dans sa forêt amazonienne de nombreuses plantes hallucinogènes comme la célèbre ayahuasca.

Usage médicinal

L’uña de gato, ou griffe de chat, est une plante très prisée au Pérou pour ses propriétés médicinales, notamment pour renforcer le système de défense immunitaire.
La muña est une plante médicinale qui soulage des douleurs d’estomac.
L’herbe luisa se prépare en infusion dans les Andes et dans la forêt amazonienne pour traiter les maux d’estomacs et les coliques.
Le sangregrado  est un arbre dont la sève rouge est un excellent cicatrisant.
L’oje
est un arbre médicinal dont la sève soulage l’estomac.

Usage rituel

La coca est une plante traditionnelle des Andes et de l’Amazonie. Elle se consomme mâchée, et permet de ne plus sentir ni faim, ni soif, ni fatigue, ni douleur musculaire. Elle est souvent prise en infusion contre le mal d’altitude. Son principe actif, s’il est isolé chimiquement, peut être un antidouleur très efficace, mais aussi être transformé en cocaïne.

Le tabac est une plante répandue dans toute l’Amérique latine, mais rarement dans son état sauvage primitif. Appelé tupac sayri en quechua, le tabac utilisé par les chamans est une variété sauvage des plants que l’industrie de la cigarette et du cigare castre pour industrialiser leur culture dans de grandes plantations.

Ayahuasca

L’ayahuasca est une  plante dont le nom signifie liane de la mort. On la trouve à 1 500 m d’altitude maximum, dans les forêts d’Amazonie, de la vallée de l’Orinoco et du versant occidental des Andes jusqu’en Equateur et Colombie. Elle est aussi cultivée autour de Lima. C’est une liane qui peut atteindre 10 à 15 m de haut en s’enroulant autour d’un arbre. Elle a une écorce lisse et verte ou brune, des feuilles de 20 cm de long sur 5 cm de large et des grappes de fleurs roses ou lilas.

Elle a une forte teneur en alcaloïdes, composant hallucinogène qui agit puissamment sur le système psychique. Utilisée à ce titre par de nombreux chamans péruviens, elle est préparée en boisson noire et épaisse. Désagréable au goût et puissamment vomitive, son absorption modifie l’état de conscience. On trouve mention d’elle très tôt, sous la plume du premier évêque de Cuzco, monseigneur Vicente Valverde qui dénonce ses effets diaboliques dans une lettre adressée au bureau de l’inquisition. Le géographe Don Manuel Villavencio fut le premier à décrire clairement ses propriétés psychotropes.

San Pedro

Le San Pedro est un cactus colonnaire à petites épines, en forme d’étoile à sept branches vu du dessus, ou de chandelier vu de face. Il pousse entre 2 000 et 3 000 m d’altitude au Pérou, en Bolivie, au Chili et en Équateur. Vert clair ou foncé, il est formé de 4 à 9 côtes, le long desquels on trouve tous les 2 cm des groupes de 1 à 4 petites épines beiges. Ses fleurs blanches et rouges n’apparaissent qu’à partir l’âge de 10 ans, seulement de nuit, et peuvent atteindre 20 cm de diamètre. Sa croissance est assez rapide et peut atteindre 6 m de haut, grâce à un système racinaire étendu, qui alimente ses piliers. Les branches du cactus partent du tronc et continuent à pousser jusqu’à ce que leur poids les fasse s’écrouler ; elles s’enracinent alors pour produire de nouveaux troncs.

Il est connu pour les propriétés hallucinogènes de la mescaline qu’il contient sous l’écorce, dont la teneur est décuplée par son âge et son exposition au soleil. Les chamans des tribus andines du Pérou, de l’Équateur et de la Bolivie utilisent cette drogue depuis des milliers d’années pour dépister les causes inconscientes des maladies. Il est aussi employé comme médicament contre les fièvres et douleurs, pour les maladies nerveuses, cardiaques ou circulatoires, et comme cicatrisant, antibactérien et antiparasitaire dans la médecine traditionnelle indigène. Ce sont les botanistes Turner et Heyman qui ont découvert en 1960 la propriété hallucinogène du San Pedro, qu’ils ont baptisé à l’époque opunita cylindrica.

Willcana rituelle, lamas en pierre polie, Museo MAP Cuzco

La willka est une plante utilisée lors de rituels chamaniques par les Moches, les Huaris et les Chavíns, puis les Incas. Les fouilles archéologiques  ont mis au jour les mortiers rituels de pierre ou de bois, appelés willkanas, qui se reconaissent à leur forme zoomorphe. Sa préparation peut varier ; les graines sont toastées avant d’être moulues au mortier, puis inhalées directement en poudre, ou fumées dans une pipe, ou encore bues dissoutes dans de la chicha de jora. Elle a perdu de son importance avec la lutte des colons espagnols contre l’idolâtrie, racontée par Cristobal de Albornoz dans ses chroniques de 1580.

Datura

Le datura et le brugmansia sont deux espèces de la famille des solanacées. Originaires des régions tropicales d’Amérique du Sud, elles se reconnaissent à leurs feuilles odorantes et velues, et leurs grandes fleurs tubulaires qui font parfois 10 cm de long. Leurs fleurs en forme de trompette sont dressées sur le datura et tombantes sur le brugmansia. Le datura a un fruit en capsule ronde à épines, alors que le datura produit une gousse lisse et allongée. Le datura est une plante herbacée annuelle qui ne dépasse pas 2 m,  alors que le brugmansia est un arbuste pérenne dont le tronc ligneux peut atteindre 8 m de haut.

Elles sont toutes deux par tradition des plantes de chamans, sorciers et empoisonneurs en raison de leur forte teneur en alcaloïdes. Il est formellement interdit d’ingérer quelque partie que ce soit de ces plantes qui sont extrêmement toxiques, provoquant vomissements, hallucinations et arrêt cardiaque. Leurs fruits sont d’ailleurs utilisés comme raticide.

Morning Glory

L’ipomoea tricolor, dite morning glory, est une plante grimpante qui pousse aux Antilles et du Mexique en Amérique du Sud. Elle a des feuilles ovales, de belles fleurs bleues, et ses fruits contiennent des graines noires et longues à forte teneur en ergine. Cet alcaloïde hallucinogène puissant agit comme un narcotique, mentionné dès les chroniques aztèques sous le nom tlililtzin. On en retrouve des illustrations dès le Ve siècle après J.-C sur des céramiques de Teotihuacan, et dans la civilisation Zapotèque au Mexique. Les chamans indiens font sécher les graines, les écrasent et diluent la poudre obtenue dans l’eau avant de la boire.