La culture Chavín, au Pérou

La culture Chavín

Nichée dans la sierra des hautes vallées andines au nord du Pérou, la culture Chavín voit à son apogée son influence religieuse s’étendre jusqu’au centre du littoral du Pacifique. Ses temples témoignent d’une culture avancée dès 900 avant J.-C. ; pyramides, sanctuaires et sculptures en pierre ne cesseront d’être remaniés et perfectionnés au fil des siècles. L’archéologue Julio C. Tello l’a qualifiée de culture mère des cultures andines et côtières.

Culte et symboles

La culture Chavín repose sur le concept de dualité qui structure tout l’univers : bien-mal, jour-nuit, masculin-féminin… C’est ainsi l’une des rares cultures antiques où l’on retrouve des femmes aussi bien que des hommes occupant la fonction de prêtre. L’alternance de pierres noires et blanches dans nombre de constructions symbolise cette opposition des éléments. Le jaguar, le condor et le serpent ont aussi une place de choix dans la cosmogonie traditionnelle. La religion Chavín vénère en particulier un dieu muni de deux sceptres, mi-homme mi-félin, reconnaissable à ses canines démesurées. Les dieux sont consultés lors d’un rituel important au cours duquel le chamane consomme le cactus hallucinogène San Pedro pour se mettre en état de transe et s’entretenir avec le monolithe sacré situé dans l’obscurité du fond du temple.

Pierre Pacopampa, divinité félin-oiseau-serpent, Museo Larco, Lima

Savoir-faire artisanal

Les Chavíns perfectionnèrent avec art les techniques de poterie. La céramique voit apparaître le modèle du vase à anse en étrier, monochrome avec des motifs stylisés, qui inspirera par la suite toutes les cultures du littoral nord. On retrouve souvent des motifs de félins stylisés, en hommage au dieu principal. Le lama est apprivoisé et élevé pour la première fois. Les techniques de tissage se développent, à l’origine d’une grande diversification des étoffes et motifs. Le commerce textile commence avec l’échange de laine de camélidés andins contre des plumes d’oiseaux tropicaux. La métallurgie fait des progrès considérables ; c’est la première fois que la soudure et l’alliage or-argent-bronze sont maîtrisés en Amérique du Sud. C’est aussi les débuts de l’utilisation de l’or pour fabriquer des parures.

 

Structure de la société

La société Chavín s’organise de façon pyramidale, en quatre classes : les prêtres, les pèlerins (d’un rang quasi égal), les spécialistes (artisans, artistes, architectes, ingénieurs hydrauliques ou médecins) et le commun des mortels (agriculteurs ou commerçants). Les dirigeants religieux vivent sur les lieux de culte comme les pyramides et concentrent un pouvoir symbolique et temporel essentiel. Les oracles s’y dédient à la production des calendriers basés sur leur fine observation des mouvements astraux, afin de prévoir les cycles climatiques et des saisons, et d’en informer les agriculteurs notamment. Le prêtre est vêtu d’une tenue de très belle facture,  ornée de plumes, pierres exotiques et or. L’élite se reconnaît  ainsi à ses couronnes, boucles d’oreilles ou de nez et colliers. Les artisans et autres experts vivent dans des villages entretenus par le gouvernement au voisinage des centres rituels, où ils peuvent se perfectionner et où ils se transmettent leur savoir faire. Les agriculteurs vivent souvent sur les terres qu’ils mettent en valeur, dans des zones plus reculées des centres du pouvoir.

Granit de Raimondi de Chavín de Huantar, Museo MNAAHP, Lima

Fin de la civilisation et redécouverte

Les raisons de la disparition de cette civilisation vers 200 avant J.-C. restent inconnues. Elles sont fort anciennes puisque le sanctuaire de Chavín était déjà en ruine à l’époque des Incas, qui ne prirent même pas la peine de le faire desservir par leur Chemin de l’Inca. Il semble que la culture de Chavín se soit tout simplement progressivement effacée derrière des cultures régionales disparates. L’un des premiers chroniqueurs de la conquête espagnole, Vasquez de Espinoza raconte sa visite en 1616 : « Tout près du village de Chavin, se trouve un grand bâtiment en pierre taillée, d’une hauteur remarquable. C’était l’un des plus célèbres sanctuaires païens – comme le sont pour nous Rome et Jérusalem – où les indiens venaient offrir leurs sacrifices, car l’esprit du lieu disait l’oracle, et c’est pourquoi ils venaient des quatre coins du royaume au temple de Chavin de Huantar ».