La culture Lambayeque ou Sicán, au Pérou

La culture Lambayeque ou Sicán

La culture Lambayeque s’est développée du VIIIe au XIVe siècle au nord-est du Pérou actuel.

Origines réelles et mythologiques

La culture Lambayeque s’est développée du VIIIe au XIVe siècle au nord-est du Pérou actuel, dans les vallées de La Leche et de Zana, entre le fleuve Lambayeque et le littoral. Elle atteint les vallées de Chicama et de Piura au nord, avant d’être vaincue par la culture Chimú en 1375, et assimilée par les Incas un siècle plus tard. Contemporaine de cultures Tiahuanaco et Huari, certains chercheurs l’assimilent à une traduction régionale du même courant de civilisation.

Sanctuaire Lambayeque, Bosque de Pomac

Sa spécificité est toutefois mise en valeur grâce aux travaux du Sicán Archeological Project  lancé en 1978 avec l’université de Harvard par l’archéologue japonais Izumi Shimada. C’est ce dernier qui la surnomme culture de Sicán, qui signifie maison de la lune en dialecte régional muchik. Selon la légende du XVIe siècle consignée par chroniqueur espagnol Miguel Cabello de Balboa, le fondateur mythique Naylam serait arrivé de l’océan en bateau, et ce sont les 12 enfants de son fils aîné qui auraient bâti des cités prospères tandis que lui s’envolait pour le lieu mystérieux d’où il venait.

Artisanat

La culture Lambayeque mêle des héritages culturels Mochica du nord, comme le noir brillant de ses céramiques exposées à la fumée, et Huari des Andes. La céramique développe de nombreuses variations à partir du modèle du vase double à anse en arche et du vase rond orné de figures en relief sur le dessus. Les motifs favoris évoquent la vie quotidienne et la mythologie Lambayeque très axée sur la lune et l’océan, avec des oiseaux marins et poissons, des scènes de pêche lors du Sicán précoce. Il n’y a pas de représentation humaine en tant que telle, somplement celle du seigneur de Sipan sous les traits de l’idole Yallampaec, apportée par le fondateur mythique de Naymlap, reconnaissable à ses yeux bridés ou à ses ailes d’oiseau. Le Sicán tardif, après 1100 renoue avec les motifs antérieurs zoomorphes du félin, des poissons et des oiseaux, en abandonnant les représentations du seigneur de Sipan.

Céramique sculptée, Lambayeque de Tucume

La culture Lambayeque pose les bases de la métallurgie, grâce son exploitation de mines de fer pour fabriquer des objets en fonte dans de grands fours alimentés au charbon de bois. L’orfèvrerie de la culture Lambayeque est d’une finesse notable, notamment pour les objets rituels retrouvés dans les tombes. Les masques funéraires, les qeros ou gobelets d’or et d’argent, et le tumi ou couteau sacrificiel dont le manche représente une figurine anthropomorphe, sont les premières œuvres d’une telle complexité. L’or est le métal qui désigne les élites, tandis que les objets quotidiens du reste de la population étaient faits de cuivre. On observe une évolution de la période du Sicán précoce où naissent les alliages de métaux, au Sicán moyen de 900 à 1100 après J.-C. où se structure un artisanat quasi industriel dans la métallurgie, organisé lors du  Sicán tardif dans de grands ateliers notamment à Huaca Salupe.

Gobelet cérémoniel, Musée Sicán, Chiclayo

De nombreuses incrustations de pierres précieuses, de perles, de coquillages et de plumes enrichissent ces véritables œuvres d’art. De nombreux matériaux sont utilisés, comme les coquillages rouges spondylus, les émeraudes et  les plumes importés qui proviennent d’échanges commerciaux entre les actuels Equateur et Colombie au nord des Andes, les rives du rio amazonien Marañón au sud-est et les cultures tihaunaco et huari du sud des Andes. Des caravanes de lamas permettaient de transporter sur de longues distances les objets prélevés en butin de guerre ou achetés auprès de cultures voisines.

Parure, Musée Sicán, Chiclayo

Des bâtisseurs de pyramides

La culture Lambayeque se démarque par sa construction d’un nombre impressionnant de pyramides rituelles, qui permettaient au seigneur d’invoquer les pouvoirs des dieux de la montagne. Dans la vallée de Lambayeque, on dénombre environ 250 constructions de ce genre, qui paraissent au premier abord des collines suite à la forte érosion qu’elles ont subi. Elles sont toute édifiées en adobe, sur un plan similaire, avec une base peu aménagée, une rampe qui donne un accès direct à la plate forme supérieure où siège le seigneur, et à partir de laquelle s’organisent salles et couloirs. Les 3 sites principaux correspondent chacun à une phase du développement de la culture Lambayeque, le suivant étant construit suite à l’abandon du précédent après l’avoir incendié.  On observe en effet des marques de feu sur les plateformes supérieures sans aucune trace de destruction liée à un affrontement guerrier. Ces destructions étaient donc menées volontairement par les propres habitants du lieu pour purifier le lieu devenu maudit des dieux suite à une catastrophe naturelle, ou une invasion étrangère.

Coiffe, Musée Sicán, Chiclayo

Pampa Grande, le premier site Lambayeque, est surplombée par une pyramide de plus de 50 m de haut sur 200 m de large. Construite au VIIe siècle, elle est abandonnée en 750 suite à une terrible tempête de sable, peut-être provoquée par le phénomène cyclique El Niño. Les Lambayeques jettent alors leur dévolu sur Batan Grande où ils construisent à nouveau 12 pyramides en adobe, dans la vallée voisine du rio La Leche ; on peut nommer la Huaca de la Cruz, la Huaca del Oro, la Huaca Colorada ou encore la Huaca de los Ingenios. Le site est à son tour abandonné et incendié aux environs de 1100 après avoir été touché par les sécheresses à répétition, suivies d’une inondation extrêmement violente, dont on voit la trace dans les strates géologiques.

Statuettes de spondylus, Lambayeque de Tucume

L’ultime capitale élue par les Lambayeques devient Túcume, au pied de la montagne Cerro la Raya, dans la même vallée de La Leche aujourd’hui conservée par la réserve naturelle de Pomac. Ce vaste complexe archéologique de 220 hectares aussi connu sous le nom d’El Purgatorio comprend pas moins de 26 pyramides, dont la plus grande jamais édifiée au monde. La Huaca Larga, dont la plateforme mesurait plus de 700 m de long, s’élevait à 20 m de haut. Mais c’est le temple de taille plus modeste de la Pierre Sacrée qui s’est révélé occuper les fonctions les plus cruciales. Des fouilles menées en 2005 y ont mis au jour les restes de 119 corps décapités lors de  sacrifices humains, voués à attirer la clémence des dieux. Les prêtres Lambayeque pensaient ainsi éloigner les  colons espagnols associés à des esprits d’autant plus menaçants qu’ils étaient juchés sur le dos de chevaux, animaux étranges qu’ils n’avaient jamais vus auparavant. Devant l’échec des offrandes, ils incendièrent leur dernier centre rituel. Affaiblis par les attaques de la culture Chimú en pleine expansion depuis sa capitale de Chan Chan, ils n’auront pas l’occasion de se lancer dans de nouvelles constructions.