La culture Caral au Pérou

La culture Caral

Le site de Caral, situé sur le Littoral péruvien, fut le premier ensemble agricole, urbain et religieux des Amériques.

Caral, un des premiers ensembles agricole et urbain des Amériques

Le site de Caral, dans la vallée de Supe, sur le littoral nord du Pérou, est particulièrement riche en vestiges archéologiques récemment datés de 3 000 avant J.-C. Il s’agirait ainsi d’un des plus anciens sites urbains du monde. On recense près de 30 sites sur 65 hectares à 200 km au nord de Lima, dans la région de Norte Chico. Les frontières de cet ensemble culturel sont la vallée de Lurín au sud, la vallée de Casma au nord, le pied de la Cordillère Blanche à l’ouest et la rivière Marañón à l’est. Cette région très aride et accidentée couvre les vallées de Huaura, Suoe, Pativilca et Fortaleza.

Site archéologique de Caral, Pérou

Caral relève de l’horizon pré-céramique, à une période archaïque tardive. Son héritage le plus impressionnant réside dans l’alignement de 6 pyramides autour d’une place creuse.  Chacune est caractérisée par des successions de plateformes à étage, disposées en surplomb de cercles tracés dans la terre pour un usage rituel méconnu, sûrement en lien avec l’astronomie. Leur importance est soulignée par les vestiges d’offrandes, réalisées en os de baleine, argile séchée ou bois.

Techniques agricoles et de construction

La présence de zones résidentielles sur cette terrasse naturelle qui domine les champs agricoles irrigués par le rio Supe fait de Caral la première ville péruvienne. Bien des aspects des techniques de construction de l’époque restent mystérieux. On a cependant pu reconstituer le mode de transport du matériau colossal nécessaire pour édifier ces ensembles de pierre parfois hauts de 30 mètres; les shicras, filets très résistants de fibres végétales tissées entre elles, étaient employés comme des sortes de sacs et laissés à l’intérieur de la structure pour solidifier les blocs de pierres assemblées.

Site archéologique de Caral, Pérou

On fait remonter à la civilisation Caral le développement des techniques agricoles. Les principales sources d’alimentation étaient les haricots, les courges et les patates douces. C’est aussi le début de la culture du coton qui permit de développer la confection de vêtements et de filets de pêche. La population profita du monopole de ce savoir-faire pour s’approvisionner en poisson auprès des pêcheurs du littoral. Cet ample réseau de troc atteint les tribus amazoniennes, comme en témoigne la présence de flûtes en coquille et de fruits exotiques.

Disparition de la civilisation et lente découverte archéologique

La disparition soudaine d’une civilisation aussi développée que celle de Caral reste une énigme. L’hypothèse d’un massacre guerrier est peu probable, au vu de l’absence de vestiges d’armes et de fortifications. L’hypothèse la plus convaincante est celle d’un séisme de grande ampleur, qui aurait ensablé le système d’irrigation indispensable pour survivre dans ce lieu aride. En effet, les précipitations sont bloquées par la chaîne des Andes à l’est et les alizées de l’océan Pacifique à l’ouest. Le réseau de canaux d’irrigation mis en place pour drainer l’eau de la fonte des neiges des Andes était donc vital pour la population locale.

Figurines en pierre à Caral, Pérou

L’archéologue allemand Max Uhle fut le premier à entreprendre des fouilles dans la vallée de Supe en 1905, mais il n’éveilla pas l’intérêt public focalisé sur la valeur marchande des vestiges en or et des poteries précolombiennes.  En 1941, les chercheurs de l’université de Harvard Gordon R. Willey et John M. Corbett essayèrent de comprendre l’usage ancien des monticules de sable présents à Aspero et Caral. Ce n’est qu’en 1970 que Gordon R. Willey et Michael E. Moseley identifièrent les pyramides qu’ils datèrent au carbone 14. Personne ne pris au sérieux leur conclusion d’après laquelle le site remonterait à 3 000 ans avant J.-C. En 1994, l’archéologue péruvienne Ruth Shady Solis fait enfin dégager les 6 immenses pyramides en terrasse de la vallée de Supe, entourées de places creuses, d’un amphithéâtre, d’un temple et de résidences. Elle dirige le Projet Spécial Archéologique Caral-Supe depuis sa création par l’Etat péruvien en 2003.