Gustave Eiffel au Pérou

Gustave Eiffel au Pérou

Le célèbre ingénieur français a réalisé nombres d’œuvres au Pérou, notamment suite au séisme de 1968.

Un ingénieur mondialement reconnu

Alexandre Gustave Eiffel est probablement l’ingénieur civil français le plus connu au monde. C’est à lui que l’on ne doit rien de moins que les emblèmes de la France et des Etats-Unis. Parmi ses faits d’armes majeurs, il a ainsi donné son nom à la tour Eiffel, édifiée pour l’exposition universelle de 1899 à Paris, d’abord très critiquée pour son dessin industriel qui tranche avec les Paris haussmannien. Il a aussi dessiné toute la structure interne de la statue de la liberté de New York, sculptée par Fréderic Auguste Bartholdi et offerte par l’Etat français en 1886 pour le 100e anniversaire de la Déclaration d’Indépendance des Etats Unis. L’entreprise Eiffel et Cie fondée en 1867 acquit rapidement une réputation internationale pour son expertise en construction de métal. Eiffel fit ses armes à la sortie de l’Ecole Centrale en équipant le réseau de chemins de fer national français, avec des gares et des ponts innovants, comme le viaduc de Garabit dont l’arc est le plus audacieux de l’époque. Ses succès lui ont vite ouvert les portes des villes du monde entier, et l’on retrouve ses chefs d’œuvres de construction un peu partout.

Terminal de bus de La Paz

De l’Amérique centrale au cône sud, il a également  fait exécuter des commandes variées ;  ponts et écluses du canal de Panama, ponts de Teticala et de Cuenta ainsi que l’église de Santa Rosalia et le palais de fer d’Orizaba au Mexique, le pont de la Magdalena en Colombie, le pont de la Oraya au Brésil, les ponts démontables pour le génie civil en Argentine, le pont et l’usine de La Paz en Bolivie. Lui sont aussi attribués le marché central de Guayaquil en Equateur, la gare routière de La Paz en Bolivie et la gare centrale de Santiago du Chili. Ses nombreux ponts sont présents de l’Afrique noire jusqu’au Moyen Orient, notamment au Soudan, au Sénégal, en Algérie, sur le Nil en Egypte, pour relier Jaffa à Jérusalem en Palestine, et jusqu’ en Irak. D’autres édifices qui portent sa signature émaillent cette région, tels que les docks du port de Beyrouth au Liban, l’appontement de Tamatave à Madagascar ou le Marché de Constantine en Algérie. En Asie, il a dessiné les plans d’édifices aussi importants que l’Eglise Saint Sébastien de Manille aux Philippines ou la poste centrale de Saigon et le pont Truong Tien à Hué au Vietnam. On retrouve ses œuvres jusqu’en Nouvelle Calédonie avec le pont sur la Ouenghi.

L’héritage avéré d’Eiffel au Pérou

Nombre de ses œuvres furent ainsi construites au Pérou, notamment sur le territoire devenu par la suite chilien après la guerre du Pacifique. Il avait en effet envoyé sur place un représentant de 1871 à 1873, attiré par la richesse de l’Etat péruvien alors encore dépourvu d’industrie métallurgique lourde. Bien qu’il n’ait pas été retenu pour modeler le port de Callao, il eut alors plusieurs commandes de reconstructions suite au séisme de 1868. Ce point est néanmoins sujet à débats ; on a attribué hâtivement de nombreux ouvrages de fer à l’entreprise d’Eiffel pour profiter de son prestige, sans vérifier sérieusement si ce sont des réalisations réellement dessinées par lui. La liste officielle publiée sur le site géré par ses descendants fait mention de la douane, du môle et de l’église San Marcos d’Arica au Chili, ainsi que de l’église et de l’usine de Tacna, du môle de Chala et de la maison de fer d’Iquitos, ancien pavillon de l’Exposition de 1889.

Les œuvres qui sont réellement de sa main sont moins nombreuses, bien que marquantes dans le paysage urbain. La cathédrale San Marcos d’Arica, commandée par le gouvernement de José Balta, a été inaugurée en 1875 et déclarée Monument National en 1984. Elle s’inspire du style architectural gothique mais repose exclusivement sur une structure  métallique. La douane d’Arica, terminée dans le style néoclassique en 1874, a été déclarée Monument National en 1977 et abrite aujourd’hui  la maison de la culture Alfredo Raiteri Cortés. La maison du gouverneur d’Arica, construite en 1872 et partiellement détruite par le séisme de 1987, a été restaurée en 1996. Enfin, la maison en fer d’Iquitos, exposée en 1889 à l’Exposition Universelle de Paris, a ensuite été transportée par bateau jusqu’à cette ville du nord du Pérou, dont elle est devenue un des attraits touristiques majeurs.

Une influence exagérée ; le mythe Eiffel

Darci Gutiérrez, professeur d’architecture à Arequipa, dénonce ce mythe Eiffel largement exagéré. Parmi les erreurs, on peut recenser à Santiago du Chili la gare centrale, le viaduc Malleco et la Quinta Normal qui abrite aujourd’hui le musée Artequín. Le célèbre pont de fer d’Arequipa a en réalité été édifié avec la ligne de train de la Southern Railway par l’américain Henry Meiggs, comme le prouve l’inscription “Phoenix Iron Co. Philada.” à sa base. Le marché de San Camilo d’Arequipa serait l’œuvre d’une entreprise locale, des années après le départ de l’entreprise d’Eiffel. Les liens entre Eiffel et la construction de la piscine de la Glorieta de Tacna, l’église Matriz d’Arica et la cathédrale de Chiclayo paraissent aux aussi sans fondement. Et même l’église de Tacna, dont les plans et les livraisons de matériel sont d’Eiffel, auraient été terminée sans son équipe, en raison de l’arrêt des travaux en 1879 suite à la guerre du Pacifique.

Pour autant, cette exagération n’entame pas la réalité de l’œuvre colossale de Gustave Eiffel. Rien ne l’a jamais détourné de sa passion pour la construction, ni le scandale financier de Ferdinand de Lesseps dont il fut par la suite disculpé, ni son âge avancé. Insatiable chercheur, il est mort à 91 ans le 27 décembre 1923, en continuant à contribuer à l’avancée de la science, notamment dans les domaines de l’aérodynamique et la météorologie.