La culture Ychma, au Pérou

La culture Ychma

La culture Ychma a occupé le littoral central du Pérou de l’an 1100 à l’arrivée des Incas.

Une organisation souple
La culture Ychma ou Ychsma tire son nom du colorant naturel rouge extrait de l’achiote (bixa orellana), qu’elle utilisait pour couvrir ses temples et ses céramiques. Il ne s’agissait pas d’un pouvoir centralisé, mais d’une sorte de confédération de seigneuries ou curacazgos assez indépendantes, basées à Surco, Guatca, Lima, Maranga et Callao. Le lien qui les unissait était surtout la capitale religieuse qui porte le nom du dieu principal : Pachacámac, le créateur du monde en quechua. Le site de Pachacámac cumulait les fonctions de centre administratif et de lieu de pèlerinage. En 2013, c’est au sein même de l’agglomération de Lima que des fouilles ont permis de découvrir de nouveaux sites funéraires de la culture Ychma, sur un lieu auparavant occupé par la culture Lima. Cette Huaca appelée Túpac Amaru B se trouve dans le quartier de la Villa Deportiva Nacional.

Céramique Ychma

L’emprise géographique autour de Lima
Le site archéologique le plus important de la culture Ychma est Pachacamac. Il s’étend sur 600 hectares à l’embouchure du río Lurín, à 30 km au sud de Lima. Depuis 1999, le Projet Ychma lancé par Peter Eeckhout poursuit des fouilles importantes sur place. On trouve d’autres centres cérémoniaux de la culture Ychma le long de la vallée de Lurín (Maracuyá, Pampa de Flores, Jacinto Grande, Mal Paso, Molle, Manchay Alto, Huaycán, Chontay et Avillay).
La vallée du Rímac aussi renferme des sites importants pour cette culture (Armatambo, Mateo Salado, Mangomarca, Fortaleza de Campoy, Huaca Huantille, Huaca San Borja et Maranga avec les Huacas de Tres Palos, Cruz Blanca, San Miguel, La Cruz et La Palma).

Des céramiques méconnues
Les céramiques de la cultura Ychma présentent une iconographie particulière, encore assez peu étudiée. Elles sont caractérisées par l’utilisation de terre rouge assez épaisse, parfois ornée de dessins noirs et blancs. Certains vases ont le goulot sculpté en forme d’animal, de poisson, d’oiseau ou d’homme.

Rituels Ychma à Pucllana

Des pyramides d’adobe à rampe
La cultura Ychma se reconnait à ses pyramides tronquées édifiées en adobe, parfois sur une fondation de pierre. Elle revient à l’utilisation de grands blocs de terre mêlée à des fibres, en laissant de côté la technique des petites briques développée par la culture Lima. Autre élément typique de ses constructions, la grande rampe d’accès est présente dans les 15 temples du site de Pachacámac.
On retrouve le même plan à Huaquerones, ainsi que pour les Huacas de La Palma et Tres Palos à Maranga. Les plateformes supérieures remplissaient des fonctions cérémonielles, mais aussi économiques puisqu’on y stockait les aliments comme le maïs ou l’ail. Certaines abritaient même les logements des artisans potiers et charpentiers qui étaient ainsi sur place pour travailler à l’édification des pyramides.

Une économie influencée par la religion
Les activités économiques principales étaient la pêche, l’agriculture, l’artisanat et le commerce des produits excédentaires. On observe une amélioration des canaux d’irrigation mis en place par la culture Lima, qui permet une extension des terres arables afin de nourrir une population croissante. A l’époque de l’invasion inca, on estime que 150 000 personnes habitent la vallée du Rímac.
Des personnages importants venaient en effet de tout le littoral et de la sierra pour consulter son oracle, dont l’influence s’étendait bien au-delà des frontières des vallées du Rímac et du Lurín. On retrouve d’ailleurs une persistance des dévotions adressées à son idole de bois jusque tard lors de l’empire inca puis de la période coloniale.