Le Seigneur des tremblements au Pérou

Le Seigneur des tremblements

C’est l’une des représentations de Jésus en croix les plus vénérées en Amérique latine.

Procession à Cuzco

Le Seigneur des tremblements est une des représentations de Jésus en croix les plus vénérées en Amérique latine. Surnommé affectueusement  “Taytacha Temblores”, c’est à dire le petit père des séismes, il est conservé toute l’année dans la cathédrale de Cusco. C’est le saint patron de la ville, qu’il aurait sauvée d’un tremblement de terre terrible. La croix daterait du règne de Philippe II en Espagne, vers 1620, malgré sa réputation d’avoir été offerte par Charles Quint. La légende compte que les matelots attachèrent la statue du Christ au grand mat lors d’une terrible tempête, et que les flots se calmèrent aussitôt. Arrivée à bon port à Callao après sa périlleuse traversée en bateau, elle n’arriva toutefois jamais à Cusco. En effet, lors de la longue expédition pour l’acheminer du littoral vers l’intérieur des terres, les membres de l’expédition firent halte dans le village de Mollepata, où elle fut subtilisée et remplacée par une représentation noire de beaucoup moins de valeur, réalisée par un indigène local. Accueillie tout de même en grande pompe à la cathédrale de Cusco, cette autre statue fut dès lors vénérée  sous le nom de la bonne mort.

Seigneur des tremblements

Fin mars 1650, un tremblement de terre s’arrêta lorsque le Christ noir, qui avait été un peu oublié sur son autel, fut sorti dans toute la ville en procession, d’où son nom actuel. La tradition des processions chaque 31 mars date de cet événement. En 1720, c’est d’une grave épidémie que Cusco fut sauvée par la procession du Christ des tremblements ; il détrôna du coup Saint Jacques que les espagnols avaient proclamé saint patron de la ville depuis 1646. La grande procession annuelle fut décalée dès 1741 au lundi saint, pour ouvrir la semaine sainte qui précède Pâques. Elle suit toujours le même parcours dans Cusco, de la cathédrale, à l’église sainte Thérèse où on change le suaire de la statue, avant d’aller à la rencontre de la Vierge de la Soledad dans l’église de la Merced. La tradition veut que l’on couvre le Christ de fleurs de ñucchu, offrandes traditionnelles des dieux précolombiens Kon et Wiracocha, qui symbolisent ici les gouttes de son sang sacré qui bénissent la ville.

Seigneur des tremblements

En 1950 et 1986, la population de Cusco se précipita à nouveau aux pieds du Seigneur des tremblements pour implorer sa pitié lors de séismes particulièrement ravageurs. Beaucoup imputèrent la seconde catastrophe naturelle à une punition divine suite au vol en 1985 de la couronne de 11,3 kg d’or massif du Christ, offerte à l’époque par le vice-roi Francisco de Borja y Aragón. Son apparence sombre, longtemps attribuée à du cuir de camélidé, est en réalité due à une fibre végétale de lin. Sa tête est sculptée dans de l’agave, et ses pieds et ses mains en bois tendre sont ornés de clous en or et pierres précieuses. Creuse, la statue renferme 61 lettres d’intercession et prières glissées à partir de 1762 dans la blessure de lance au côté du Christ. Elle a été restaurée à deux reprises, en 1977 et 2005. Les festivités du Seigneur des tremblements ont été déclarées patrimoine culturel de la nation le 28 décembre 2007. Et en octobre 2012, le Congrès de la République péruvienne l’a décoré de la médaille d’honneur de chevalier, pour consacrer son apport à l’identité nationale. Depuis 1924, sa fête votive a lieu le dernier dimanche d’octobre, à la date du Christ roi dans le calendrier liturgique, après avoir longtemps été le 14 septembre, jour de l’Exaltation de la croix. Elle est alors mise à l’honneur sur l’autel central de la cathédrale.