La colonisation espagnole

La colonisation espagnole

Les Espagnols se sont confrontés à un empire Inca au faîte de sa puissance lors de leur arrivée.

La victoire sur les Incas : 1527 à 1533

Après une première expédition de reconnaissance en 1527, Francisco Pizarro débarque en 1531 près de la ville actuelle de Tumbes, en compagnie de son fidèle compagnon d’armes Almagro et du missionnaire dominicain Vicente Valverde. La civilisation Inca est alors à son apogée. Partis du sud du Pérou et de l’est du Chili actuels, les Incas ont assis le centre de leur empire dans la vallée sacrée de Cusco au XIIe siècle, d’où ils ont mené avec succès une politique expansionniste vers le nord jusqu’à l’Equateur actuel au XVe siècle, puis à la Colombie actuelle au XVIe siècle.

Lors de l’arrivée de Pizarro sur leur territoire, les Incas sont pris dans une guerre de succession. A la mort de l’Inca Huayna Capac, ses deux fils s’opposent. Huascar, fils d’une princesse de Cusco, s’installe sur le trône, ce qui mécontente Atahualpa, fils quant à lui d’une princesse des régions du nord de l’empire. Le statu-quo ne dure pas, et Atahualpa remporte la bataille.

La maison du fondateur d’Arequipa

C’est dans ce contexte que le 16 novembre 1532, Pizarro demande à rencontrer pacifiquement le dernier empereur inca Atahualpa à Cajamarca, dans le nord du pays. C’est une ruse, les soldats espagnols ne tardant pas à sortir des maisons où ils sont cachés. Bien qu’accompagné de 30 000 hommes, les incas sont défaits, en panique devant les fusils et les chevaux des Espagnols. Atahualpa est fait prisonnier. Le 29 août 1533, insatisfait du butin d’or et d’argent réuni pour payer la rançon de l’inca captif, Pizarro le fait exécuter. C’est la fin de l’empire Inca.

Yupanqui, autre fils de Huayna Capac et plus connu sous le surnom de Manco Cápac II, est désigné comme Inca par les colons. L’objectif est de garder sous contrôle ce nouveau leader indien.  Humilié par les Espagnols, ce dernier se révolte néanmoins et organise le dernier sursaut de résistance. Après s’être évadé, il lève une armée de 50 000 hommes et organise le siège de Cusco en 1536. Mais au terme d’un an de combats, et grâce au retour d’Almagro, les Espagnols reprennent l’avantage in extremis. Manco Cápac II se réfugie à Vilcabamba, au fond de la vallée sacrée, et y fini assassiné en 1544 par des traîtres à la solde d’Almagro.

L’époque coloniale : 1542 à 1821

Une violente concurrence oppose les premiers conquistadors et Diego de Almagro fait assassiner Francisco Pizarro en 1541. Pour remettre de l’ordre dans ces guerres intestines, le royaume d’Espagne fait créer le vice-royaume du Pérou en 1542, chargé de l’exploitation des colonies du nouveau monde. Mais Blasco Núñez Vela, le 1er vice-roi, est rapidement assassiné par Gonzalo Pizarro qui venge son frère. Son successeur Pedro de la Gasca restaure l’ordre et en 1955 l’époque de troubles est terminée.

Les colons espagnols cherchent à retirer le maximum de devises du nouveau territoire dont ils viennent de se rendre maître. Ils pillent en priorité l’or et l’argent des vestiges des civilisations précolombiennes qu’ils découvrent. Ils mettent ensuite rapidement en place le système de l’encomienda, une sorte d’impôt levé sur les indigènes qui vivent au service des élevages et plantations détenues par les colons. Les encomenderos chargés de collecter ces taxes sont eux mêmes sous l’autorité des curacas qui dépendent directement du vice-royaume. On laisse à peine de quoi survivre aux travailleurs et toute tentative de rébellion est très sévèrement sanctionnée. Mais ce sont surtout les mines qui font la fortune de la couronne espagnole, en particulier l’exceptionnel site de Potosí (1545 – 1630). Le butin est envoyé régulièrement au royaume d’Espagne depuis la ville de Lima que Pizarro a fondée en 1535, via l’isthme de Panama.

Mosaïque, Tumbes

Les Espagnols fondent de nouvelles villes dans le style colonial, à plus basse altitude. Ils les concentrent surtout au nord et sur le littoral, comme Piura, la première d’entre elles. Ils les baptisent souvent de noms de leur patrie espagnole ; Trujillo hérite ainsi du nom du village natal de Pizarro en Extremadure. Elles s’organisent en quartiers autour de la plaza de armas sur lequel donnent l’église et le siège administratif local. Dès le XVIIIe siècle, une université est créée à Lima.

Les colons déclarent une guerre impitoyable aux cultes précolombiens, en bâtissant leurs églises sur les fondations des temples incas préalablement détruits, et en pourchassant les cultes païens. Un demi-siècle de cette violence extrême et l’arrivée de nouvelles épidémies suffisent à décimer la population locale : le dernier recensement de l’empire inca évalue à 12 millions le nombre de ses sujets, contre seulement 1,1 million d’indiens lors du recensement du vice-roi Toledo 45 ans plus tard.  Le XVIIIe siècle connaîtra de nombreuses révoltes incas qui seront réprimées dans le sang, dont celles d’Atahualpa en 1742 et de Tupác Amaru en 1780.

Carte du Vice-Royaume du Pérou

Lima gouverne ainsi depuis 1542 toute l’Amérique du Sud, mis à part le Brésil qui dépend de la couronne portugaise. Plus au nord, le vice-royaume de Nouvelle-Grenade créé en  1717 s’étend sur les territoires actuels de la Colombie, l’Équateur, le Panama et le Venezuela. En 1776 enfin, c’est le vice-royaume du Río de la Plata qui naît pour gérer les territoires actuels de l’Argentine, la Bolivie, le Paraguay et l’Uruguay. Le début du XIXe siècle est marqué par les premiers soulèvements de l’aristocratie créole de Lima, prémices aux mouvements d’indépendance du Pérou et plus généralement du continent sud-américain.