Chullo ou ch'ullu, le bonnet péruvien emblème de la culture andine

Le Chullo, l’emblème du Pérou

Couvre-chef ancestral originaire des hauts-plateaux andins, il est indisociabe de la culture péruvienne.

Chullos, Musée des Arts et Traditions Populaires

Le chullo, ou ch’ullu en langue quechua, est un couvre-chef péruvien ancestral. Il est issu des hauts plateaux, plus précisément des régions de Huancavelica, Ayacucho, Cusco et Puno, où le froid est virulent. Ce bonnet tricoté muni de cache-oreilles permet d’avoir la tête bien protégé. Il est réalisé à partir de laine de lama, d’alpaga ou de mouton et arbore le plus souvent des dessins colorés et des motifs andins.

Son origine reste indéfinie. Il s’agirait d’un objet métissé, mélange du chapeau à quatre pointes de la culture Huari et du birrete, ou bonnet espagnol apporté par les conquistadores. Ces derniers ont introduit au Pérou trois techniques de tissage nouvelles : le crochet, la dentelle, et le tricot grâce auquel sont élaborés les chullos.

Bonnets péruviens ou chullos

D’après des vestiges retrouvés dans le village colonial de Magdalena de Cao Viejo près de Trujillo, on estime qu’au Pérou la technique du tricot remonte aux années 1570. Cependant certains nient cette version et affirment que l’origine du chullo est préhispanique et que la technique dite « circulaire » était celle utilisée pour la confection, bien avant l’arrivée des espagnols.

Aujourd’hui la fabrication de chullo traditionnel combine ces deux techniques. On utilise 5 aiguilles que l’on positionne de façon circulaire selon la circonférence que l’on souhaite donner au bonnet, puis on unit les points pour former une sorte de tube allongé.

Ch’ullu, Pérou

Il existe des milliers de chullos de toutes les formes, de toutes les couleurs  et de toutes les tailles, chaque région possédant des caractéristiques représentatives des coutumes et traditions locales. La décoration varie également selon la zone géographique, elle a évolué au fil des années avec l’incorporation de nouveaux matériaux. Les localités cusqueñas de Quispicanchi, Lauramarca, Pisac, Tinta, Calcas, Sicuani, Ocongate et Ausangate se distinguent par la qualité et la variété de leurs chullos, allant du plus sobre au plus richement décoré : boutons, perles, rubans, pompons…

Différentes formes de chullos

L’iconographie occupe une place très importante dans l’élaboration du ch’ullu. Depuis l’ère préhispanique certains motifs ont traversé les âges. On distingue les configurations géométriques : croix, étoiles, escaliers, zigzags, etc… Mais on rencontre également des symboles stylisés représentant la nature : oiseaux, félins, serpents, camélidés, plantes. Toutes ces formes sont dotées d’une signification, elles  peuvent représenter les champs de cultures, l’eau (symbole de la vie), ou encore les différents aspects de la cosmovision andine.

Chullo de cérémonie

Le ch’ullu est avant tout un attribut masculin, tant dans la confection que dans l’usage. Sur l’île de Taquile, dans la région du Lac Titicaca, les jeunes garçons commencent l’apprentissage des techniques de tissage dès l’âge de cinq ans, guidés par leur père. Les enfants le portent également et les jeunes filles seulement jusqu’à l’âge de la puberté.  Il peut être surmonté d’un chapeau et indique le statut social et civil (célibataire, en concubinage, marié) notamment grâce aux combinaisons de couleurs utilisées. Il indique également l’ethnie, le lieu d’origine et le métier exercé.  Il permet de différencier le commun des villageois des chamans et autres autorités de la culture andine.

Chullos de lares et Ollantaytambo, Cusco

Au début des années 2000 le bonnet péruvien fait son apparition sur les podiums des marques de haute couture les plus prestigieuses (Dior). Il se démocratise dans le monde entier et devient un accessoire de mode incontournable. Face à la croissance de la demande internationale l’élaboration traditionnelle diminue au profit d’une production générique confectionnée dans de grandes usines textiles. Néanmoins au Pérou il conserve un aspect identitaire très fort car représentatif de la culture andine.