Orfèvrerie des Andes péruviennes

Orfèvrerie des Andes péruviennes

C’est au centre des Andes qu’est né le travail du métal, entre l’Equateur et la Bolivie actuels.

Plaque funéraire chavin en or, musée larco

C’est au centre des Andes qu’est né le travail du métal, entre l’Equateur et la Bolivie actuels. Les recherches archéologiques attribuent les premiers vestiges d’objets en cuivre à Mina Perdida, dans la vallée de Lurin de la province de Lima, aux alentours de 4 000 ans avant J.-C. Les principaux métaux travaillés par les civilisations précolombiennes sont l’or, l’argent et le cuivre, puis l’étain après sa découverte en 500 après J.-C. Les alliages sont aussi très courants, avec le bronze qui mêle cuivre et étain, et la tumbaga issue de l’association du cuivre à l’or. En revanche, le travail du fer n’est pas courant avant l’arrivée des colons espagnols.

Parure chimù, Musée El Brujo, Trujillo

Les civilisations les plus habiles dans l’art de l’orfèvrerie sont la Vicus, la Mochica, la Lambayeque et la Chimú, toutes nées sur le littoral nord du Pérou. Ce sont elles qui développèrent les premières des alliages et des techniques de plaquage pour colorer des métaux, que les Européens copièrent par la suite. La spécialité des orfèvres précolombiens était le traitement de la surface des objets, en appliquant une fine couche d’or sur les autres métaux, ou en faisant ressortir l’or contenu dans l’alliage de cuivre ou d’argent.

Parures en or vicus, musée larco

Les peuples andins sont à l’origine de nombreux progrès dans l’art de l’orfèvrerie. L’invention des alliages de métaux a permis aux artisans précolombiens de réduire la température de fusion. Le développement de la soudure a facilité la fabrication d’objets à partir d’éléments distincts. Les techniques pour marteler et repousser les métaux ont ouvert de nouvelles manières d’orner les œuvres de métaux précieux. D’autres innovations ne se sont pas diffusées dans tout le monde andin ; ainsi, seule la culture Moche utilisa la « technique de la cire perdue », par laquelle elle fabriquait des pièces dans des moules d’argile, en laissant fondre la forme de cire au contact de la chaleur du métal en fusion.

Parure frontale et boucles en or chimu, musée larco

Au Pérou comme dans toute l’Amérique précolombienne, l’or n’avait pas la fonction de monnaie d’échange qu’on lui attribue en occident. Il était associé au divin et porteur d’une charge symbolique très forte. Les parures d’or et d’argent indiquaient le rang hiérarchique, le pouvoir et la richesse de la personne qui les portait. Mais ces deux métaux précieux avaient surtout une fonction sacrée, symboles de la dualité à la base de toute la cosmovision andine; l’or évoquait le dieu soleil Inti, maître du jour, du masculin et du pouvoir, tandis que l’argent était dédié à son épouse, la divinité de la lune Mama Quilla, reine de la nuit, du féminin et de la fertilité.

Terrine en or embouti chimù, Musée d’Art Precolombien de Cuzco

Les chefs d’œuvre de la civilisation Sicán forment avant tout un nécessaire de cérémonie, avec des masques funéraires, des vases rituels, des couteaux cérémoniels mais aussi des ornements pectoraux et des disques pour les oreilles des principaux dignitaires. Plus tard, les Incas sont allés jusqu’à couvrir de plaques d’or les parois de pierre du temple de Koricancha de Cusco. Selon les chroniques de l’époque de la colonisation, il abritait de nombreuses idoles en or, ainsi qu’un immense disque d’or massif qui symbolisait le dieu soleil. Les colons espagnols ont malheureusement cherché avant tout à piller les métaux précieux, sans apprécier le savant travail d’orfèvre qui leur avait donné forme. Ils ont ainsi provoqué la perte irrémédiable de nombreux ornements, objets sacrés et pièces d’orfèvrerie. Ils avaient déjà fondu l’immense butin du dernier Inca Atahualpa, avant de se rendre compte de leur faible teneur en or pur suite aux alliages.