Investiture du nouveau président péruvien - Argentina Exepcion

Investiture du nouveau président péruvien

05 août 2016Société

Lors de la fête nationale du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski a succédé à Ollanta Humala pour un mandat de 5 ans.

Investiture du Président PéruvienUne cérémonie officielle

Au Pérou, l’investiture d’un président élu démocratiquement a lieu le 28 juillet, lors de la fête nationale du pays, jour symbolique de la proclamation d’indépendance du Pérou par José San Martin. Plus d’un mois après les résultats des élections, c’est ainsi Pedro Pablo Kuczynski (surnommé PPK) à la tête du Partido Peruano en Kambio (également PPK) qui est devenu le nouveau président du Pérou.

Vainqueur de justesse du second tour (environ 40 000 voix d’avance), il ravit la présidence face à Keiko Fujimori, la fille de l’ancien chef d’Etat Alberto Fujimori très controversé. C’est lors de cette cérémonie qu’il s’est vu remettre l’écharpe présidentielle et a dû prêter serment devant la chambre législative. Il succède ainsi à Ollanta Humala et à ses 5 années de présidence.

Pedro Pablo Kuzcynski ?

Pedro Pablo Kuzcynski est le fils d’un médecin allemand venu au Pérou pour échapper au nazisme. Il quitte rapidement l’Amazonie natale pour faire ses études à Lima puis dans les prestigieuses universités d’Oxford et de Princeton. Rentré au pays, il doit de nouveau repartir après le coup d’Etat de 1968 mené par le général Juan Velasco Alvarado. Il s’exile au Etats-Unis où il vit son American Dream en tant que banquier dans les fonds de pension puis chef de planification à la Banque Mondiale. Nommé ministre de l’économie et des finances puis président du conseil des ministres par Alejandro Toledo, il fait son entrée en politique par la voie royale. Candidat en 2011 à l’élection présidentielle pour le parti Allianza por el Gran Cambio, il ne franchit pas le second tour, devancé par Ollanta Humala et Keiko Fujimori. Cette victoire sonne ainsi comme une certaine forme de revanche. Plus anecdotique, il est par sa mère franco-suisse le cousin de Jean-Luc Godard.

Une élection mouvementée

Le combat a été rude pendant la campagne. Les sondages très serrés ont en effet pendant plus de six mois joué un jeu de balancier à donner le vertige aux bookmakers. Fujimori et PPK ont tous les deux souffert d’une image dégradée par le passé, Fujimori pâtissant du bilan en demi teinte de la gouvernance de son père, PPK étant quant à lui handicapé par ses tendances libérales et élitistes, héritées de son passage par la banque.

Mais PPK est parvenu à s’imposer comme dernier barrage face à un Fujimorisme certes renouvelé mais toujours béant dans la conscience populaire. PPK a ainsi réussi le coup de force d’unir ses adversaires et rivaux de hier, comme par exemple Veronika Mendoza, afin de créer une réelle ligue contre l’avènement d’une nouvelle Fujimori. Il a par ailleurs développé un vrai travail sur son image afin de se rapprocher des masses plus populaires en prenant par exemple comme effigie un Cuy (cochon d’Inde) géant, animal à valeur hautement symbolique dans les traditions andines.

Un nouveau défi

La victoire ainsi acquise de très peu, PPK ou El Gringo comme il est surnommé ici, se confronte à des défis très ciblés, le premier étant directement lié au fujimorisme. En effet, PPK au pouvoir, c’est à lui que revient la tâche de trancher l’épineux problème de la demande de grâce d’Alberto Fujimori, condamné en 2009 à 25 ans de prison pour le massacre de Barrios Altos et des violations des droits de l’homme. Entre apaiser les fujimoristes afin de renforcer une majorité électorale très fragile (moins de 51% des voix) ou améliorer son image auprès des victimes du Fujimorisme, PPK devra choisir.

De même, si PPK été élu à la majorité, son parti ne dispose que de 18 sièges au Congrès contre 73 pour le parti de Keiko Fujimori. Son mandat commence ainsi sous le signe d’une cohabitation délicate où son pouvoir de décision sera largement limité par l’opposition. Enfin, PPK doit faire face à des enjeux beaucoup plus systémiques : la baisse de croissance de 3% sous le mandat d’Ollanta Humala et la montée des inégalités ont été le réel fer de lance de sa campagne. En promettant des réformes sociales au niveau de l’accès à l’éducation, de la construction d’infrastructures sanitaires et de l’amélioration du cadre de vie des péruviens, PPK a annoncé la « révolution sociale » attendue depuis si longtemps par un peuple qui rentre petit à petit dans une ère moderne.

Pour plus d’information, consultez nos pages sur le contexte politique au Pérou.