L'Inca et le conquistador, la rencontre décisive de deux mondes au Quai Branly

L’Inca et le conquistador au Quai Branly

14 juillet 2015Culture et Patrimoine

Du 23 juin au 20 septembre 2015, l’exposition invite à remonter le temps, pour faire la connaissance de deux figures tutélaires : Atahualpa et Francisco Pizarro.

Atahualpa, quai Branly

Du 23 juin au 20 septembre 2015, l’exposition invite à remonter le temps, pour faire la connaissance de deux figures tutélaires respectivement de l’Empire inca et des explorations lancées par la couronne espagnole : Atahualpa et Francisco Pizarro. Deux hommes que tout sépare, et dont la rencontre va changer le cours de l’Histoire.

De façon assez inusuelle, le visiteur ne se retrouve pas devant le traditionnel récit épique de la chute brutale des Incas devant les colons espagnols. Cette approche parfois trop superficielle ne permet pas de comprendre comment le conquistador Francisco Pizarro a pu mettre à sa merci Atahualpa, le chef d’un des empires les plus puissants de l’époque, avec seulement une poignée d’hommes (180 soldats) et des moyens très limités (37 chevaux).

Ici, l’exposition propose quasiment une reconstitution de la scène du crime, pour faire la part des responsabilités portées par chacun des deux camps. La commissaire Paz Núñez-Reguéiro a en effet choisi d’entrelacer les vies et visions des deux protagonistes principaux de ce moment crucial de l’Histoire. On est invités à sortir d’un récit unilatéral, souvent biaisé au profit du vainqueur. Les vérités sont toujours plus complexes, nous apprennent les chroniques de Felipe Guaman Poma de Ayala et Martin de Murua, si différentes dans leur façon de peindre cette épopée haletante des derniers jours de l’Empire inca.

Francisco Pizarro, quai Branly

On se croirait dans un roman d’aventures palpitant, écrit en quatre chapitres. Le premier chapitre plante le décor, décrit les deux camps opposés et le dialogue entre leurs figures emblématiques, Atahualpa et Francisco Pizarro. D’un côté, c’est l’époque de la découverte espagnole du Nouveau Monde, avec l’expédition jusqu’à l’Océan Pacifique de Balboa en 1513. De l’autre côté, c’est un moment d’affaiblissement de l’empire inca, suite à une guerre fratricide de succession après la mort de l’Inca Huayna Capac.

Le deuxième chapitre met en scène le tournant historique : la rencontre, suivie de la capture de l’Inca et de la rançon exigée par Pizarro. Le troisième chapitre narre l’assassinat de Pizarro en 1541 lors de luttes intestines entre colons, et en contrepoint, le vol et la cache restée secrète de la dépouille d’Atahualpa par ses proches pour pouvoir continuer à le vénérer. Le quatrième chapitre esquisse le processus de colonisation qui suit la brutale exécution de la tête de l’empire inca, et le métissage avec les populations espagnoles qui marque toujours fortement le territoire social et culturel péruvien. « Nous sommes les descendants des vainqueurs et des vaincus », synthétise l’historien José Antonio Duthurburu.

Les versions divergent sur la rencontre officielle entre le conquistador et l’Inca le 16 novembre 1532 à Cajamarca, au Pérou. Les Espagnols ont-ils dédaigné une boisson rituelle inca, ou froissé l´Inca en n’envoyant que des émissaires indirects? L´Inca a-t´il jeté à terre la bible tendue par le Dominicain Vicente de Valverde, comme le soutient la version espagnole du récit? Quoiqu’il en soit, c’est le signal de l’embuscade espagnole lancée sur l’escorte inca venue sans armes pour parlementer. L’immense fossé culturel joue en la faveur des Espagnols ; à aucun moment les dignitaires incas ne s’imaginent que l’on ait l’audace de faire prisonnier l’Inca, et encore moins de le faire exécuter. Malgré les 4,5 tonnes d’or et 9 tonnes d’argent collectées des quatre coins de l’empire pour sa rançon pendant les 8 mois de captivité d’Atahualpa, les Espagnols le mettent à mort le 26 juillet 1533.

Exposition l'Inca et le Conquistador, Quai Branly

Cette histoire de trahison ne manque pas d’émouvoir. Dans cette lutte assoiffée de pouvoir, les richesses fabuleuses des Incas enfièvrent des colons sans foi ni loi. Mais l’exposition permet de donner une image plus juste de Pizarro. Figure toujours controversée, au point que sa statue a été retirée de la place d’armes de Lima en 2004, il ne souhaitait pourtant pas la mort d’Atahualpa, qu’il avait appris à apprécier. Il prend d’ailleurs pour épouse la soeur d’Atahualpa, avec qui il aura deux enfants. Mais il cède à la pression, en l’absence de son soutien de Soto parti vérifier les rumeurs de l’approche d’une grande armée inca. C’est à contre coeur que Pizarro fait exécuter l’Inca, provoquant une onde de choc qui paralyse totalement le camp ennemi… Le début d’incessantes querelles intestines qui provoqueront l’assassinat d’Almagro par le clan de Pizarro en 1538, puis la vengeance des alliés de ce dernier sur Pizarro en 1541.

Au fil de 120 objets historiques, le visiteur découvre les événements qui ont à jamais bouleversé l’Histoire. Pièces d’orfèvrerie, textiles, céramiques des cultures précolombiennes, armes de l’époque, gravures espagnoles donnent corps à la narration historique, en lui rendant la complexité de la vie. Le visiteur se prend parfois à rêver de ce qu’il aurait sous les yeux sans la fonte des objets d’art réunis pour la rançon, partagés au poids de l’or, au mépris de la valeur incalculable du travail de l’artisan.

Une exposition qui permet de vivre l’Histoire avec passion.

Pour en savoir plus, plongez-vous dans notre guide sur l’histoire du Pérou.

Informations pratiques :
Adresse : Musée du Quai Branly, 37, Quai Branly, 75007 Paris
Tarif : 7€, 5€ tarif réduit
Dates : Du 23 juin au 20 septembre 2015
Horaires : Ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 19h et du jeudi au samedi jusqu’à 21h
www.quaibranly.fr